Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade, scribe de Tradition du Vin

Beaujolais nouveau (dessin : Michel Gregeois alias GREMI)Dans les salons surchauffés d’une certaine intelligentsia  parisienne au palais délicat, il est de fort bon ton se susurrer, la lippe molle et l’œil vaguement inspiré, un certain dégoût pour le beaujolais nouveau et ses festivités bachiques. Le discours se veut, organoleptylique, spécialiste, oenologiquement correct, en un mot sinistre.

Quelle gabégie… Dans un monde aseptisé, peuplé de tristes sires qui ne frétillent des mandibules qu’aux frémissements du Cac 40, dans une France qui s’encrise avant que la bise ne soit venue, dans une société ankylosée du coude où chacun pose son regard dans des œillères aquaphobes, le Beaujolais Nouveau reste l’ultime évènement capable de réunir dans une brindezingue bon-enfant l’ouvrier cirrhosé et le cadre ulcéreux, l’aramoniste distingué et l’empoté guilleret,  le chauve qui peut et le moumouteux en goguette, l’anarchiste plein de gaz et le facho must go on.

Alors, continuons de fêter et de chanter cet avènement. En lui laissant sa réalité cependant. Ce n’est qu’un vin primeur sans prétention qui ne saurait être comparé aux magnifiques crus de l’appellation.

Telle est la mission du Sage de Tradition du Vin : séparer le bon cru de l’ivresse, initier les papilles de la nation aux subtilités œnologiques de nos terroirs viticoles sans brider les festivités bachiques.

Haut les coudes et buvons nos verres comme les autres.

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