Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade, scribe de Tradition du Vin

Ô Péret éternel - ( novembre 2010 )

Pendant que les vignerons donnaient les derniers coups de sécateur à la treille, nous apprenions que la grande faucheuse était venue vendanger notre ami Bernard Péret.

Avec lui disparait l''un des ceps fondateurs du bistrot à vin parisien.

Héritier d''une cuvée de bougnats, il avait pris, en 1957, la suite de son père et son grand-père derrière le comptoir du Rallye, 6 rue Daguerre dans le 14e. A cette époque de gros rouge triomphant, l''établissement venait de cesser son activité charbon.

Avant-gardiste du clapet, Bernard osa battre en brèche ce monocépagisme du palais parisien au profit d''appellations dont la notoriété ne dépassait pas, à l''époque, les contreforts de leur terroir. Crus du Beaujolais, Quincy, Pouilly fumé, Bourgueil, Vaqueyras et, plus tard, vins de Blaye ou du Languedoc vinrent exhaler leurs bouquets dans les canons du Rallye Péret. De nombreux établissements entonnèrent à sa suite, cette ode bachique.

Aussi respectueux du solide que du liquide, il imagina ses fameuses « Bouchées », casses croûtes au pain Poilâne, dont un Président devint tellement accroc qu''il fit un jour appelé Bernard par un de ces sbires : « Bonjour, ici la présidence de la République ». « Désolé le pape n''est pas là » répondit notre ami du tac au tac de sa voix de stentor à faire péter les écoutes téléphoniques. Cela n''empêcha pas ses « bouchées » de véhiculer pendant 14 ans la bonne parole péretienne dans tous les déplacements présidentiels.

En 1992, Bernard céda le Rallye-Péret à ses enfants, Florence et Eric et prit la présidence de Tradition du Vin. Avec lui l''Association devint Institution. Un brin inconscient, il demanda à l''auteur de ces lignes d''en devenir le scribe. La liberté de ton de cette chronique lui doit beaucoup : de sa stature imposante, il couvrit les mots parfois hasardeux qui ulcéraient les papilles d''impétrants vinaigrisant du goulot. En 2002, une tragédie personnelle l''avait un peu éloigné de nos débats œnophiles, passant le relais à son ami Dédé Calvet. Après l''élection de Marc Fabre en 2008, les Sages l''avaient élevé d''un coude guilleret à la stature de Président d''honneur de Tradition du Vin. C''est cette ultime carte de visite qu''il devrait présenter à Saint-Pierre.

Aujourd''hui, le gosier un peu sec, nous pleurons un ami, mais, derrière nos comptoirs résonnera encore longtemps sa devise éternelle : « Ni bar à thème, ni baratin, mais bar à bons vins et une large soif, à tous. »

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