Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade, scribe de Tradition du Vin

L'Ami s'envint - ( mars 2011 )

Pendant que mes petits doigts pianotaient sur le sobre clavier de mes obsessions hydrophobiques pour célébrer les idées de Mars, la sonnerie du téléphone retentit comme un glas turgescent pour m''apprendre le décès de Marcel Hazebrouck ! Le vin qui sommeillait dans mon verre s''en trouva soudain fort amer.

« Et toi là-haut ! » apostrophais-je te tout puissant « Tu vas nous lâcher un peu la grappe de raisin! Après nos Sages historiques, Vergne et Péret, nos copains Topaloff et Grandjean, nos anciens parrains, Chabrol et Berliner, c''est le 7e ami que tu ponctionnes à Tradition du Vin dans le même millésime. Cela commence à faire un paquet de ballons inoccupés sur nos comptoirs. A ce rythme, je vais devenir le nécroenologue le plus prolixe de la place de Paris. Et, pour un amateur de vin, célébrer ainsi la mise en bière, a quelque chose d''indécent ! »

Marcel Hazebrouck était un esthète, unpassionné. Il aimait le jazz ( il avait officié au Petit Journal), le vin et ses amis. C''est pour eux qu''il acheta, à La fin des années 90, un établissement auquel il donna le nom de L''Ami-Vint, en prenant soin d''écrire le « t» de « Vint » en forme de tire-bouchon. Les Sages s''y arrêtent en 2002 pour lui décerner la Bouteille d''Or. Derrière son comptoir, ses yeux bleus reflétaient les horizons beaujelaisiens et ses noeuds papillons improbables étaient aussi connus des bistrophiles que les bacchantes de Robert Savoye. Tous les vendredis, il invitait des musiciens pour faire un boeuf, qui, pour une fois, n''était pas de Salers. En 2009, il avait pris un peu de recul, mais, un titillement du coude l''avait poussé à ouvrir une nouvelle affaire. Le destin ne nous a pas laissé te temps d''y boire le moindre verre, mettant un coup de sécateur dans l''anévrisme de notre Ami ! Comme une corde brisée dans un orchestre de jazz... Chauffe Marcel !

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